Portrait

Date de publication : 01/10/2026

Après une carrière de journaliste, Olivier Bal a écrit son premier thriller Les Limbes en 2018. Immédiatement récompensé du Prix Méditerranée Polar du premier roman et du Prix Découverte des Géants du Polar, il s’est affirmé au fil des années et des romans comme l’une des figures majeures du thriller français contemporain. C’est avec beaucoup de fierté et d’humilité qu’il a accepté d’être l’invité d’honneur de l’édition 2026 du Festival du Polar de Saint-Laurent-du-Var, les 10 et 11 octobre prochains à la salle Deboulle.

De quand date votre passion pour le polar ?

Mon attrait pour le polar est arrivé avec le temps car c’est une littérature plutôt adulte. Mes premiers coups de cœur littéraire, c’était plutôt Jules Verne. Mais rapidement, j’ai effectivement glissé vers les grands classiques de l’époque comme Conan Doyle ou Agatha Christie. Sans même m’en rendre compte, j’ai aimé cet univers d’enquêtes et de mystères, j’ai aimé ces détectives. Toutes ces figures du polar ont bercé ma jeunesse.

Vous étiez également amateur de thriller au cinéma ?

Après mes premiers émois littéraires, je me suis vraiment intéressé aux romans policiers. J’ai dévoré les polars avant de découvrir ce genre d’un point de vue cinématographique vers l’âge de 17-18 ans. C’était d’abord les films de gangsters de Martin Scorsese ou Brian De Palma, des films cultes comme L.A. Confidential ou Les Incorruptibles. Les polars et les thrillers, qui sont des fims plus durs, plus violents, avec de la tension et un autre style d’écriture, sont arrivés après. C’est notamment l’époque de films choc comme Seven (David Fincher).

« Pour moi, écrire un roman c’était l’Everest, cela me semblait impossible, inatteignable. »

Avant de devenir écrivain, vous avez eu une carrière de journaliste. Comment passe-t-on d’une écriture journalistique à l’écriture d’un roman ?

J’étais journaliste papier. J’ai commencé comme pigiste, j’ai ensuite été chef de rubrique dans un magazine. Pendant toutes ces années, j’ai beaucoup travaillé dans la presse culturelle et de jeux vidéo. Et j’ai fini rédacteur en chef d’un magazine qui marchait très bien, Jeux Vidéo Magazine. Mais en parallèle, j’écrivais beaucoup. Je me suis d’ailleurs beaucoup cherché : j’ai écrit des scénarios, des pièces de théâtre, des documentaires… Pour moi, écrire un roman c’était l’Everest, cela me semblait impossible, inatteignable. J’ai quand même fini par sauter le pas. J’ai écrit mon premier roman, mais face à la difficulté à trouver un éditeur, je l’ai publié en autoédition. Le roman ayant bien marché, ça m’a permis de rebondir et de poursuivre cette aventure.

Vous avez rapidement connu le succès avec vos romans. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de votre carrière ?

J’ai énormément de chance de pouvoir vivre de ma plume. J’en ai conscience et je m’en réjouis tous les jours. Il y a beaucoup de personnes qui travaillent dur et qui aimeraient être à ma place, ça m’oblige à être humble. Par respect pour eux, il faut être à la hauteur. Mon succès, très honnêtement, je ne m’en rends pas trop compte. C’est plutôt mon entourage et les lecteurs qui m’en font prendre conscience. J’essaie de me remettre en question à chacun de mes livres, de ne pas ronronner. Je suis très reconnaissant du soutien des lecteurs, mais je ne veux pas que cela me change.

« Il y a beaucoup de personnes qui travaillent dur et qui aimeraient être à ma place, ça m’oblige à être humble. Par respect pour eux, il faut être à la hauteur. »

Comment choisissez-vous les thématiques de vos romans ?

Cela peut partir d’un fait divers, comme c’est le cas pour mon dernier roman Le piège. Dans ce cas, le point de départ, c’est une histoire qui a eu lieu dans les années 2000. Il s’agit d’un père de famille qui se lance à la recherche de l’assassin de sa fille. J’ai souvent tendance à penser que les idées gravitent autour de nous. Il m’est arrivé que deux idées qui semblent éloignées l’une de l’autre se réunissent et n’en forment plus qu’une. Je peux avoir l’idée d’un personnage et l’idée d’une thématique… Et les deux vont se réunir. Il faut qu’une idée surnage par rapport aux autres pour que je ressente l’envie d’en faire mon roman. Car ensuite, je sais que je vais passer un an dessus, avec une longue phase de documentation avant de passer à l’écriture.

« Ce qui est beau et unique avec la littérature, c’est qu’un livre on l’écrit toujours à deux : l’auteur fait la moitié du travail, le lecteur fait l’autre moitié. »

Dans les salons et les festivals, vous rencontrez vos lecteurs. Quelle importance accordez-vous à ces moments d’échanges avec le public ?

C’est un moment vraiment très important pour nous. Notre métier est assez solitaire. Durant les phases d’écriture, on est habité par le doute et il y a beaucoup de remise en question. Et moi, je me nourris énormément de mes rencontres avec les lectrices et les lecteurs. Pendant ces quelques heures, je ressens beaucoup de sourires, de sympathie, de bienveillance. Je reçois beaucoup d’encouragement et ça me nourrit lorsque je retourne à l’écriture. C’est aussi à cette occasion que l’on se rend compte à quel point le public se réapproprie nos livres. Notre histoire devient leur histoire. Ce qui est beau et unique avec la littérature, c’est qu’un livre on l’écrit toujours à deux : l’auteur fait la moitié du travail, le lecteur fait l’autre moitié. On peut rencontrer mille personnes qui ont lu le même livre, chacun aura son ressenti, par rapport à son chemin et sa propre histoire. La rencontre avec les lectrices et les lecteurs, c’est pour moi la récompense de mon métier.

Vous serez cette année l’invité d’honneur du Festival du Polar de Saint-Laurent-du-Var. Que pensez-vous de ce festival ?

C’est un événement organisé par des gens vraiment passionnés, qui nous chouchoutent (rires). Il y a cette volonté de conserver un salon à taille humaine, qui ne devienne pas trop gros et industriel. Ils prennent bien soin de garder l’âme de Saint-Laurent-du-Var, avec pas plus d’une trentaine d’auteurs pour que chacun ait sa place. Les organisateurs, les bénévoles, les auteurs et le public : on est tous réunis autour de notre passion commune.

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